Fujifilm X-T10 en Bretagne (2/2) – Test matériel

03/08/2016

Publié le 3 août 2016 – Nicolas Duvivier

Satisfait de mon premier contact avec le X-T10, voici la suite de mon test après plusieurs semaines d’expérience et de recul.

Pour faire court, mes premières impressions sont confirmées. Le boitier est toujours agréable à emporter, en particulier avec le petit (mais balèze) 35 mm ƒ/2 qui lui va comme un gant.

Depuis, j’ai pu le mettre à l’épreuve lors de plusieurs reportages professionnels à côté de mes boitiers réflex habituels Nikon D610 + D750, ce qui s’est révélé très instructif. Voyons cela !

La visée électronique, c’est (super) bon !

Je suis toujours aussi conquis par le côté pratique du viseur électronique, d’excellente qualité (pas de latente gênante, définition excellente…).

Il est notamment plus lisible en intérieur ou en basse lumière et l’on voit directement le résultat que l’on va obtenir. C’est une aide à l’exposition précieuse, notamment quand on joue du compensateur d’expo.

Il s’avère bien utile pour les situation de contre-jour, où l’on peut s’aventurer à réaliser des compositions plus audacieuses en ayant un retour immédiat sur le comportement de l’optique (flare, notamment).

Toutefois, l’image « rame » en très basse lumière car le rafraichissement devient trop faible. Rien de grave dans l’absolu : la visée optique réflex ne ferait pas mieux dans son genre (trop sombre pour distinguer quelque chose).

En revanche, le viseur électronique n’est pas assez lumineux en plein soleil. Il est difficile de vérifier la mise au point — voire le cadrage — dans un endroit très éclairé (plage, neige…). L’avantage va ici aux réflex ou aux télémétriques qui, avec leur visée optique, apportent une excellente visibilité dans ces conditions. Sur le X-T10, la luminosité du viseur peut être ajustée (en manuel ou au automatique), mais ce n’est pas suffisant. Une coupelle d’oculaire plus creusée comme sur le X-T1 / X-T2 serait un plus pour isoler l’œil. Malheureusement, l’oculaire du X-T10 n’accepte aucun accessoire de ce genre.

En somme, je trouve la visée électronique bien plus agréable et pratique sauf quand il y a beaucoup de lumière.

Obturateur / déclenchement

Ce sera le point vraiment négatif de cet article : la latence au déclenchement est trop importante à mon goût. Là où les réflex sont quasi immédiats, ce X-T10 déclenche un poil en retard. Moi qui aime saisir des instants sur le vif, je me suis retrouvé plusieurs fois frustré de n’avoir pu attraper le moment à temps.

Ergonomie des menus

La navigation dans les options n’est pas toujours très intuitive et manque de réactivité. Espérons que la nouvelle organisation (que l’on connaît sur le X-Pro2) soit au programme d’une mise à jour firmware…

Trouver un réglage précis dans ce menu n'est pas des plus évident ! Trouver un réglage précis dans ce menu n’est pas des plus évident !

Mise au point / Autofocus

On a le choix entre trois modes de mise au point : AF-S (unique), AF-C (continue) et M (manuelle). En mise au point automatique, on peut choisir différents modes de collimateur : large, zone ou point unique.

Le mode large essaye de détecter le sujet sur l’ensemble de la scène. La mode zone permet de restreindre la détection du sujet à une portion de la scène. Le point unique permet de fixer soi-même le collimateur souhaité.

Quel que soit le mode de mise au point, deux critères sont importants à mes yeux : la vitesse et la précision.

Pour la précision, aucun souci. Le système propre à ce type de boitier garantit une netteté sans faille. Contrairement au système réflex, la mise au point n’est pas gérée par un module AF séparée : elle est faite sur le capteur. Dès lors, il n’y a pas de risque de front ou back focus comme c’est trop souvent le cas sur un réflex !

Deux systèmes AF co-existent : la détection de contraste (CDAF) et la détection de phase (PDAF, plus rapide). Sur le X-T10, seuls les collimateurs au centre de l’image sont à détection de phase, ce qui est généralement suffisant. Les collimateurs sont répartis sur l’ensemble du capteur, à la différence d’un réflex : un point appréciable pour éviter les recompositions.

Seuls les collimateurs centraux (en blancs) sont à détection de phase (PDAF). Seuls les collimateurs centraux (en blanc) sont à détection de phase (PDAF).

La vitesse de mise au point quant à elle dépend beaucoup de l’objectif utilisé. Le 35 mm ƒ/2 est excellent sur ce point. Léger et récent, il fait le point très rapidement en mode AF-S (mise au point unique).

En mise au point continue / suivie, je suis plus partagé, quel que soit l’objectif.

L’objectif « pompe » vite quand la lumière manque ou que le sujet ne se détache pas assez (peu contrasté ou en contre-jour, par exemple). Cela diminue notre chance d’obtenir des images nettes surtout avec un collimateur unique.

À ce jeu-là, mon D750 est quasi imbattable, en particulier quand la lumière vient à manquer. Sur ce réflex, je suis toujours en AF-C + collimateur unique.

Avec le X-T10, j’ai pris l’habitude de me fier au mode AF-S. Le mode AF-C est très utilisable, mais plus limité dans ses usages. On ne peut le comparer à celui que l’on retrouve sur un réflex : il accroche moins, mais offre bien plus de collimateurs !

Ce ne sera pas le boitier idéal pour la photo de sport ou d’action (ce qui inclut les enfants qui ont la bougeotte !), les reflex gardent l’avantage sur ce terrain pour le moment.

La mise au point continue fonctionne assez bien en mode zone + détection de visages. Cette détection est efficace et le suivi correct si les conditions de lumière sont bonnes, mais pas assez pour que je m’en serve en situation réelle.

En résumé, voici les combinaisons utiles pour mon usage personnel :

  • AF-S + point unique
  • AF-C + zone

La mise au point manuelle est bien plus pratique que sur un réflex (qui n’ont plus de stigmomètre depuis bien longtemps…). Le focus peaking (mise en évidence des zones nettes en temps réel dans le viseur) permet une mise au point précise et rapide.

Le Focus Peaking en action Le Focus Peaking en action

Il faut noter toutefois que le mode manuel n’est pas totalement mécanique : la rotation de la bague de mise au point ne fait que commander le moteur électrique de l’objectif, avec un petit temps de latence (peu gênant dans les faits).

Remarque : j’utilise depuis quelques semaines le Fujifilm X-Pro2, et son mode AF-C est bien plus réactif, au point d’être mon mode préféré ! Mais il est vrai que nous ne sommes pas dans la même gamme de prix… J’aurai l’occasion d’en reparler…

Autonomie

Voilà un point souvent reproché aux mirrorless ! L’autonomie n’a effectivement rien à voir avec celle d’un réflex, mais ce n’est pas non plus la catastrophe.

Si vous ne consultez pas l’écran arrière à chaque photo et que le viseur électronique est configuré pour s’éteindre quand vous ne portez pas l’appareil à l’œil, l’autonomie est « bien correcte ».

Je réalise environ 400 images par batterie. En usage professionnel, on s’équipera vite de 2-3 batteries supplémentaires. Cela n’est pas propre au X-T10 : les modèles supérieurs ne font pas mieux (sauf poignée grip sur les X-T1 / X-T2, avec le poids qui va avec).

Je regrette vraiment que l’indicateur d’autonomie ne soit pas plus précis : il faut anticiper le changement de batterie pour ne pas se trouver coincé (ce qui arrivera logiquement au moment crucial).

À noter : ce boitier est doté d’un mode « haute performance » qui le rend plus vif. Je le laisse activé en permanence : je préfère sacrifier un peu d’autonomie au profit d’une mise au point plus rapide !

Sensibilité

La montée en ISO est très satisfaisante ! La sensibilité couvre une plage allant de 200 à 6400 ISO, tout étant parfaitement utilisable.

Couplé à un objectif rapide (ƒ/2 ou ƒ/1,4), ce boitier est prêt pour couvrir toutes les situations !

Si je compare au réflex, il m’est difficile de les départager sur ce point :  les détails sont très présents, le bruit presque agréable (pas gênant en tout cas), et les couleurs sont justes et ne bavent pas.

Chapeau, petit boitier !

Usage du flash

J’utilise depuis des années les flashes cobra … (je possède actuellement des flashes YN560 III) avec les déclencheurs associés (RF603).

Cet équipement peu coûteux est tout à fait performant : je n’ai jamais eu à m’en plaindre !

Ces flashes étant manuels, ils fonctionnent sans souci avec le Fuji quand ils sont montés dessus. Evidemment, ça fait un peu étrange de fixer un flash plus gros que le boitier lui-même. Niveau équilibre, on repassera également. Mais ça fonctionne.

Pour les déclencheurs, il suffit de s’équiper de RF603 II version C1 (pour Canon). Ils permettent de télécommander à la fois la mise au point, la prise du vue et le déclenchement des flashes, le tout par radio (avec une portée très bonne).

Poids des fichiers

Les fichiers bruts (raw, format .RAF) pèsent entre 22 et 25 Mo pour une définition de 16 mpx. Les JPEG haute qualité sont autour de 15/16 Mo pour la qualité la plus haute.

Conclusion

La meilleur surprise pour moi est venue de la visée électronique, dont il est difficile de se passer une fois que l’on y a pris goût. La discrétion et le poids sont des points importants également et contribuent à faire de cet appareil un boitier que l’on peut emmener partout. L’autofocus ne pose pas de souci dans 90% des situations auxquelles j’ai été confronté, il faut cependant un peu de temps pour saisir son fonctionnement pour en tirer le meilleur.

Voilà donc un compagnon de voyage drôlement attachant et dont les performances le rendent utilisable dans l’immense majorité des situations.

Du coup, je me suis mis à sérieusement considérer  Fuji pour mes reportages. Et cela n’a pas tardé : en complément de ce X-T10, je me suis équipé du boitier « haut de gamme » de chez Fuji : le X-Pro2. Sa réactivité supérieure (à tous les niveaux : mise au point, latence de déclenchement, rafale…) m’a conquis. Il corrige tous les défauts que je pouvais reprocher au X-T10 : visée optique + électronique, mise au point plus réactive, couverture des collimateurs PDAF plus large et plus dense, latence quasi nulle, réactivité et organisation des menus…

Les boitiers Fujifilm sont très attachants et leurs performances ont fini de me convaincre à un niveau que je n’aurai pas imaginé il y a quelques mois : je suis en train de vendre mon matériel Nikon pour passer entièrement chez Fuji. Un changement radical mais terriblement satisfaisant.

Ainsi, mes mariages depuis ce mois de juillet sont désormais assurés par des X-Pro2, le X-T10 trouvant sa place sur le Photobooth !