Fujifilm X-T10 en Bretagne (1/2) – Test matériel

10/06/2016

testfuji

Tester du matériel ne fait pas vraiment partie de mes habitudes. Fidèle à mes boitiers réflex dont je connais parfaitement le fonctionnement et le comportement, je ne suis jamais posé la question d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte…

…C’était sans compter Madame.

Jusqu’à présent, les boitiers sans miroir (mirrorless) me laissaient indifférent. Trop lent, peu autonome, trop « jouet », parc d’objectif limité… Bref, un jugement basé sur mes maigres lectures sur le sujet et une méconnaissance réelle des produits d’aujourd’hui. Et pour cause : je n’avais jusqu’alors utilisé qu’un petit Nikon 1 (version J2, me semble-t’il), moyennement convaincant. Pas de quoi en tirer des conclusions solides, en tout cas. En gros, je n’y connaissais *rien*.

Cécile (la Madame en question) aime photographier, mais le poids d’un D750 et d’un 70-200 (2,5 kg sur la balance…) a souvent raison de ses motivations. Pour ma part, une journée de reportage avec un tel bébé à la ceinture ou à l’épaule permet à mon ostéo de payer l’ISF. Enfin, c’est une image.

Nous voilà donc partis en quête d’un système léger et performant (pour elle… seulement ?).

Après quelques hésitations, nous nous sommes orientés vers Fujifilm, principalement pour ses capteurs et son ergonomie. Nous voilà équipés d’un X-T10 et son 35 mm ƒ/2 : une combinaison légère et compacte. Certes, pas de télé-objectif pour le moment, même pas de grand-angle (le 35 mm est un équivalent 50 mm en 24 x 36). Et donc non, pas de zoom non plus. Les pieds et la créativité suffiront, ce qui n’est pas plus mal.

Pourquoi ce choix ? Pour tester, tout bêtement. Comprendre l’ergonomie, la réactivité, la fameuse qualité Fuji des JPEG « sooc » (straight out of camera) et les sensations photographiques, le tout avec un boitier récent, une focale bien connue et des fichiers lisibles par Lightroom (mais pas par DXO, erf…).

Premières impressions et départ en Bretagne !

Que c’est petit ! Le X-T10 est à peine plus grand qu’un compact. Le 35 mm ƒ/2 est un joli caillou de verre et d’aluminium, compact et dense, tellement différent des objectifs en plastique (certes de qualité) que je manipule d’habitude.  L’ensemble est très harmonieux, parfaitement équilibré. La mise en route se fait sans souci.

Nous voilà prêts pour une semaine de vacances en Bretagne sur la Côte de Granit Rose, à Trégastel.

L'ambiance est très bien restituée. Et Nantes n'avait plus de carburant. DU TOUT. L’ambiance est très bien restituée. Et Nantes n’avait plus de carburant. DU TOUT.

Des couleurs fidèles… Des couleurs fidèles……et agréables. …et agréables.

Les premières balades en famille confirment cette impression : quel plaisir d’utiliser ce boitier ! Son poids plume permet de l’emmener partout. Comme dit Chase Jarvis, « le meilleur appareil est celui que vous avez avec vous« . Le viseur électronique est un régal de précision, l’autofocus me surprend par sa réactivité et sans précision sans faille.

La molette de vitesse, celle de compensation d’exposition et la bague de diaphragme sont un réel plaisir à utiliser, on retrouve la sensation d’un boitier argentique mécanique (et ça, j’aime !).

L’écran inclinable est loin d’être un gadget. Les contrôles sont globalement très réactifs, malgré un délai de déclenchement trop long à mon goût. Impossible d’enchaîner les vues rapides, à moins de passer en mode rafale.

Bref, voilà un premier contact très positif.

Une fois rentrés au gîte, je ne peux m’empêcher d’examiner les premiers Jpeg et les Raw de la journée. Bwaaaa ! Les Jpegs sont, comme on pouvait s’y attendre, très bien faits. Les carnations sont remarquables de naturel et la gestion de la dynamique est incroyable !

Je suis alors très étonné : je retrouve dans ces images le rendu de l’argentique. La compression des hautes lumières et les tonalités de couleurs s’approchent (dans l’esprit) de ce que j’obtiens sur pellicule (Kodak Portra 160/400 et Fuji Pro 400H, essentiellement).

Pourquoi ? Simplement, Fujifilm propose différents « profils » de couleurs Jpeg, aux noms évocateurs : Provia, Astia, Velvia, Classic Chrome… Ces noms ne vous parlent pas ? Les trois premiers sont tout simplement les films inversibles (diapositives) fabriqués par Fuji ! Ces simulations sont toutes réussies, car vraiment utilisables. J’ai réglé mon appareil en mode Classic Chrome, qui se rapproche le plus du style que je recherche. Cerise sur le gâteau : nous retrouvons ces profils dans Lightroom, rendant possible leur application sur les raw.

Des carnation flatteuses ! Des carnation flatteuses !

Pour compaison, une petit photo prise au moyen format argentique (développement et scan par mes soins) :

En argentique - Mamiya RZ67 + 127 mm ƒ/3.8 + Kodak Portra 160 En argentique – Mamiya RZ67 + 127 mm ƒ/3.8 + Kodak Portra 160

On retrouve cette douceur dans les tons, si agréable !

En prenant des photos à la plage, là où par beau temps les contrastes sont particulièrement marqués, l’impression est encore plus saisissante. Le clipping (saturation du capteur dans les hautes lumières) est hyper bien géré ! Jamais une image ne m’avait semblé aussi propre en sortie de boitier. J’ai habituellement un mal fou à traiter un Nef (Raw Nikon) pour obtenir un rendu satisfaisant dans ces conditions, et là, ce petit boitier me sort un résultat nickel sans aucun travail. C’est presque énervant. En fait, c’est énervant.

Les hautes lumières sont parfaitement préservées ! Les hautes lumières sont parfaitement préservées !

Si j’ai bien compris, cette gestion de la dynamique repose sur une astuce : le boitier sous-expose d’un ou deux IL et augmente la sensibilité de même. On se retrouve alors à 400 ou 800 ISO en pleine journée, au lieu d’un prévisible 200 (sensibilité de base du boitier). Cela a une conséquence : le bruit et le moutonnement est plus important. Cela gênera les amateurs de pixel-peeping. À taille normale, c’est parfait. Je suis prêt à troquer un poil de détail fin au profit d’une meilleur sensation globale.

Exemple en Velvia (Raw dans Lightroom par défaut + profil Velvia) :

Fujifilm X-T10 + 35 mm ƒ/2 - 1/800 ƒ/5.6 ISO 800 Fujifilm X-T10 + 35 mm ƒ/2 – 1/800 ƒ/5.6 ISO 800. Image traitée dans Lightroom avec tous les paramètres à zéro + profil « Velvia »

Un obturateur électronique qui repousse les limites

Venant du réflex, j’ai l’habitude de ne pas pouvoir dépasser le 1/4000e de seconde (1/8000e sur mon F100…). Dès lors, impossible de photographier en pleine journée à grande ouverture (ƒ/1.4 — ƒ/2.8), à moins de chausser les lunettes de soleil (filtre de densité neutre).

Le X-T10 possède un double obturateur mécanique / électronique. Le mécanique assure jusqu’au 4000e, ensuite l’électronique prend le relais jusqu’au… 1/32000e de seconde ! 3 stops de gagnés, c’est énorme. Il est donc possible de rester à ƒ/2 en plein soleil et sans accessoire, ce qui est une vraie révolution pour moi. À noter qu’il est possible de n’utiliser qu’un des deux modes, pratique pour déclencher en silence dans les lieux sombres (mode électronique seulement).

Attention toutefois, comme toujours en mode électronique, l’effet rolling shutter est vite visible. Il conviendra donc uniquement aux scènes calmes, sinon bonjour les photos déformées.

Le son de l’obturateur est très discret comparé à mes réflex Nikon. Le mode électronique est quant à lui totalement silencieux. C’est un point important pour moi en mariage, notamment lors des cérémonies religieuses, où ma discrétion compte pour la solennité et la spontanéité.

Le mode rafale est très rapide en mode mécanique, plus lent en mode électronique (pourquoi ? aucune idée).

Un bel outil pour voyager léger

Pour conclure cette première partie, je constate que ce X-T10 est un boitier qui donne envie de faire des photos. La dynamique, les contrôles, les jpegs, l’obturateur en font un excellent appareil du quotidien. Parfait pour les vacances !

Mais est-il capable de rivaliser avec un réflex ? Si oui, pour quels usages ? C’est une question sur laquelle je vais me pencher prochainement…

Fin de la partie 1 – À suivre : autonomie, autofocus, sensibilité, comparaison avec le D750, usages pro…

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